théâtre(s)/ (03/2026)

L’Affaire L.ex.π.Re
Métilde Weyergans et Samuel Hercule dans une hybridation de théâtre et de cinéma

La Cordonnerie nous avait habitués à des dispositifs tressant judicieusement théâtre et cinéma, bruitage en direct et musique live, au service d’histoires empruntant aux contes ou aux grands mythes de l’imaginaire collectif. Avec ce spectacle au titre énigmatique, le duo pousse encore plus loin le défi de l’hybridation et réalise un tour de force qui jamais n’empiète sur l’émotion de la narration. Et si la qualité est toujours de mise dans leurs créations, il semble qu’avec ce dernier ovni, ils atteignent des sommets dans ce mélange de technique et d’artisanat et la déflagration de l’effet produit. De part et d’autre d’un écran qui projette simultanément deux films différents, le public suit le destin de deux personnages mystérieux et romanesques étrangement mêlés. A l’écran, Samuel Hercule et Métilde Weyergans deviennent héros et héroïne de cinéma tandis qu’au plateau, chacun affairé devant son chariot d’objets, le binôme qui n’a jamais été aussi soudé bruite et double en direct les films projetés, accompagnés de deux musiciens de haute volée qui viennent compléter un tableau sonore immersif et palpitant. On ne dévoilera pas le fin mot de l’intrigue haletante, mais il y est question d’une comédienne jouant Phèdre et d’un marginal vivant dans sa caravane. Tissé avec brio, irrigué d’une imagination folle et d’une profusion de détails, le récit nous happe et nous transcende jusqu’à son final bouleversant qui rend hommage aux forces souterraines du théâtre.

Marie Plantin – mars 2026