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Sceneweb (03/2024)
Les statistiques n’aboliront jamais le hasard
A la tĂȘte de la Cordonnerie, MĂ©tilde Weyergans et Samuel Hercule fabriquent des spectacles hybrides relevant dâune technique trĂšs aboutie autant que de lâartisanat le plus ingĂ©nieux. Avec 4,7% de libertĂ©, ils confrontent leur dĂ©marche Ă la 82Ăšme promotion de lâENSATT dont ils sont les marraine et parrain. Le rĂ©sultat est une franche rĂ©ussite et les jeunes interprĂštes tĂ©moignent dâune belle habiletĂ© Ă habiter leur univers.
LĂ©ger changement de paradigme pour MĂ©tilde Weyergans et Samuel Hercule, plus connus sous le nom de leur compagnie La Cordonnerie qui sâest fait une spĂ©cialitĂ© et une marque de fabrique de mixer théùtre, musique et cinĂ©ma en des spectacles protĂ©iformes dont la virtuositĂ© technique au service de la narration dĂ©ploie une poĂ©tique scĂ©nique unique. Leur derniĂšre crĂ©ation, 4,7% de libertĂ©, est portĂ©e par de jeunes interprĂštes issus de la 82Ăšme promotion de lâENSATT, six au total, et si lâesthĂ©tique volontairement dĂ©suĂšte et bricolĂ©e, nâa pas bougĂ©, la dimension cinĂ©matographique Ă lâĆuvre habituellement nâest pas exploitĂ©e ici. Au profit du plateau et de ce savant mĂ©lange dâartisanat et dâeffets visuels puissants dont il et elle ont le secret. Et ce goĂ»t immodĂ©rĂ© pour les histoires quâils savent Ă©chafauder Ă quatre mains Ă partir de notre patrimoine littĂ©raire populaire. AprĂšs RomĂ©o et Juliette (Ne pas finir comme RomĂ©o et Juliette), Don Quichotte (Dans la peau de Don Quichotte), Blanche Neige (Blanche Neige ou la chute du mur de Berlin) et Hamlet ((super)Hamlet), figures mythiques Ă chaque fois largement dĂ©tournĂ©es, rĂ©inventĂ©es de fond en comble et passĂ©es Ă la moulinette de leur singularitĂ©, MĂ©tilde Weyergans et Samuel Hercule puisent Ă la source dâAlphonse Daudet dans lâune des cĂ©lĂšbres nouvelles issue des Lettres de mon moulin, La ChĂšvre de monsieur Seguin, matiĂšre Ă rĂ©flĂ©chir et imaginer autour dâune notion toute philosophique et on ne peut plus concrĂšte : la libertĂ©. Et le prix Ă payer pour. Ou plutĂŽt, les consĂ©quences autour.
Ne cherchez pas le brave Monsieur Seguin par ici mais Axel et Axelle, jeune couple en mal dâenfant. Ils se sont rencontrĂ©s par hasard au parc de la TĂȘte dâOr Ă Lyon mais est-ce le ressort du hasard quand deux statisticiens portant le mĂȘme prĂ©nom au masculin et au fĂ©minin se rencontrent ? Quant Ă Blanquette, elle nâest ni une chĂšvre Ă©prise de libertĂ© ni leur fille biologique mais une adolescente renfrognĂ©e placĂ©e chez eux dans le cadre de lâASE â Lâaide sociale Ă lâenfance. Les voilĂ devenus famille dâaccueil. Blanquette nâest pas aisĂ©e Ă apprivoiser, elle a besoin dâair et son hobby favori consiste Ă regarder des films dâhorreur qui ne lui font mĂȘme pas peur quand elle ne fugue pas Ă ses heures perdues. La cohabitation est compliquĂ©e, les parents de substitution se font un sang dâencre Ă chaque escapade de la petite sauvageonne et leur quotidien si bien rĂ©glĂ© se fracasse contre les pics dâadrĂ©naline et les montagnes russes Ă©motionnelles quâelle leur fait vivre. Il y a aussi un berger dans lâhistoire mais on ne va quand mĂȘme pas tout dĂ©voiler.
Ce qui est merveilleux dans le geste artistique de MĂ©tilde Weyergans et Samuel Hercule, câest cette attention aux dĂ©tails, quâils soient textuels ou scĂ©niques, et cette intime conviction quâils font la diffĂ©rence. Ce qui est le cas. Alternant narration contĂ©e et dialogues sur le vif, le rĂ©cit avance de rebonds en Ă©chos et sa saveur tient dans la finesse des fils qui le tissent. Humour et dĂ©licatesse ne se font pas de lâombre et la pensĂ©e Ă lâĆuvre dans lâintrigue, en lâoccurrence lâenjeu de la libertĂ© dans nos vies, se fond dans la trame sans peser. De plus, la facultĂ© de MĂ©tilde Weyergans et Samuel Hercule Ă convoquer des images, quâelles soient dans nos tĂȘtes ou au plateau, dessine un paysage, des ambiances, que la partition sonore complĂšte avec fantaisie. En effet, si la dimension filmique prĂ©sente dans leurs prĂ©cĂ©dentes piĂšces, nâest pas utilisĂ©e dans 4,7% de libertĂ©, le bruitage en direct lâest et donne corps et relief aux tableaux qui sâenchaĂźnent. Les interprĂštes se partagent les rĂŽles, protagonistes et bruiteur.ses, avec une fluiditĂ© Ă lâĂ©gal de la rythmique gĂ©nĂ©rale. Que lâon soit autour de la table de la cuisine familiale, en voiture, dans un TER, dans le bureau de lâASE, dans une rue dĂ©serte, au bord de la mer ou sur un chemin de montagne, le public voyage avec les personnages, sâattache Ă leurs motivations, sâinquiĂšte pour les uns et les autres et sa rĂ©flexion chemine en mĂȘme temps que lâintrigue se dĂ©ploie.
Quâest-ce quâĂȘtre libre dans un quotidien qui est un amas de contraintes, un dĂ©roulĂ© millimĂ©trĂ© dâactions prĂ©visibles, un maillage serrĂ© dâobligations et de tĂąches Ă effectuer ? JusquâoĂč peut-on anticiper son existence ou ne serait-ce que le jour dâaprĂšs ? Que faire de lâinquiĂ©tude pour lâautre ? Autant de questions qui parcourent en arriĂšre- plan ce spectacle baignĂ© de mĂ©lancolie et de la superbe composition musicale originale de TimothĂ©e Jolly et Mathieu Ogier. Quant aux six comĂ©dien.nes de lâENSATT (belle distribution homogĂšne et prometteuse), ils nous invitent Ă plonger dans cette histoire attachante et Ă©mouvante parcourue de saillies drolatiques. Comme ces rĂ©veils sismiques qui font trembler les murs du foyer, comme ces Ă©chappĂ©es adolescentes qui font trembler lâĂ©difice familial, comme ces moments de vacillement oĂč le rĂ©el bifurque, nâest-ce pas lĂ , et justement lĂ que se situe lâexpĂ©rience de vivre ? Et grandir nâest-ce pas prendre des risques en connaissance de cause ? Il nây a pas de morale Ă proprement parler Ă cette fable moderne qui explore la mince zone de libre-arbitre dans lâinexorable enchaĂźnement des causalitĂ©s et questionne les conditions du vivre ensemble mais la tournure des situations nous amĂšne Ă revoir sous un autre jour la fin sans appel du conte. Et offre une bouffĂ©e dâair.
Marie Plantin â www.sceneweb.fr â 1er mars 2024
https://sceneweb.fr/47-de-liberte-de-metilde-weyergans-et-samuel-hercule/
La Terrasse (01/2024)
Samuel Hercule et MĂ©tilde Weyergans crĂ©ent 4,7% de libertĂ© : une rĂȘverie pleine de drĂŽlerie et d’intelligence
Ils nous ont enthousiasmĂ©s, en 2020, avec Ne pas finir comme RomĂ©o et Juliette. Les deux fondateurs de la Compagnie La Cordonnerie, Samuel Hercule et MĂ©tilde Weyergans, ouvrent aujourdâhui leur univers sensible et poĂ©tique Ă un groupe dâartistes tout juste diplĂŽmĂ©s de lâENSATT*. Ils crĂ©ent 4,7 % de libertĂ©, une fable contemporaine pleine de drĂŽlerie qui donne vie Ă de magnifiques champs dâimagination.
Dâordinaire, Samuel Hercule et MĂ©tilde Weyergans sont sur scĂšne, travaillant Ă rĂ©aliser, en direct, les voix et les bruitages des films qui composent leurs Ă©tonnants cinĂ©-spectacles. Mais leur nouvelle proposition met le cinĂ©ma de cĂŽtĂ© pour se consacrer au théùtre. Marraine et parrain de la 82Ăšme promotion de lâENSATT, les deux auteurs-metteurs en scĂšne quittent momentanĂ©ment le plateau pour offrir une belle opportunitĂ© aux Ă©lĂšves quâils ont accompagnĂ©s, durant trois ans, lors de leurs parcours dâĂ©tude Ă Lyon : prendre pleinement part au processus de crĂ©ation de La Cordonnerie en participant Ă un spectacle prĂ©sentĂ© un peu partout en France. Créé en novembre dernier au Théùtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, programmĂ© au Théùtre des Abbesses Ă Paris, ce projet artistique pensĂ© comme un objet de transmission et de partage est une grande rĂ©ussite. Dâabord, parce quâon y retrouve lâessence de lâunivers si particulier, si talentueux, de Samuel Hercule et MĂ©tilde Weyergans (nourri des belles musiques de TimothĂ©e Jolly et Mathieu Ogier). Lâentrelacement du cinĂ©ma et du théùtre nâest plus de mise, mais la singularitĂ© de lâĂ©criture est la mĂȘme, confĂ©rant Ă Â 4,7 % de liberté une profondeur insolite : entre Ă©trangetĂ©, malice et mĂ©lancolie.
Une rĂȘverie théùtrale sur le prĂ©visible et lâimprĂ©visible
Sur scĂšne, AndrĂ©as Chartier, Lucie Garçon, Fanny Godel-Reche, Garance Malard, Lucas Martini, et SĂ©raphin Rousseau incarnent avec une Ă©clatante justesse les personnages dâun monde traversĂ© de secousses et dâincertitudes. Ici, point de stĂ©rĂ©otype ou dâidĂ©e reçue. PlongĂ©s dans une esthĂ©tique proche de celle dâune bande dessinĂ©e, les femmes et les hommes de cette histoire (lointainement inspirĂ©e de La ChĂšvre de monsieur Seguin) sont infiniment touchants. Ils naviguent entre prĂ©visible et imprĂ©visible pour questionner la singularitĂ© de chaque ĂȘtre, la possibilitĂ© de sortir du rang, les dĂ©bordements de lâintime qui dĂ©terminent nos personnalitĂ©s et nos aspirations. Parmi eux, Axelle et Axel, un couple dâingĂ©nieurs statisticiens qui, ne parvenant pas Ă avoir dâenfant, dĂ©cident de devenir famille dâaccueil. Ils font ainsi la connaissance de Blanquette, une adolescente fan de films dâhorreur et de hula hoop. Spectacle pour tout public Ă partir de 8 ans, 4,7 % de liberté dĂ©ploie Ă vue les artifices dâun théùtre qui parle aussi bien aux enfants quâaux adultes. On rit, on rĂȘve, on part en voyage⊠On est saisi au cĆur par tant de dĂ©licatesse, par tant dâintelligence.
Manuel Piolat Soleymat â 27 janvier 2024
* Ăcole Nationale SupĂ©rieure des Arts et Techniques du Théùtre, situĂ©e Ă Lyon.
https://www.journal-laterrasse.fr/samuel-hercule-et-metilde-weyergans-creent-47-de-liberte-une-reverie-theatrale-pleine-de-drolerie-et-dintelligence/
L’Affaire L.ex.Ï.Re
L’Affaire L.ex.Ï.Re
CREATION NOVEMBRE 2025
D’un cĂŽtĂ©, il y a le dĂ©sir fĂ©minin qui fait vaciller l’ordre Ă©tabli. Il y a Racine, les mystĂšres de la vie et de l’amour. Il y a Hippolyte, la peur du vide et le trac.
De l’autre cĂŽtĂ©, il y a l’attente, la solitude et l’habitude. Il y a la banquette transformable d’un mobile-home. Des instants suspendus et la nuit qui remplace le jour.
D’un cĂŽtĂ©, il y a Natacha Wouters, une comĂ©dienne belge. Sans compagnon et sans enfants, en tournĂ©e avec PhĂšdre.Â
De lâautre cĂŽtĂ©, il y a Max, un homme moustachu et taciturne, sans emploi dĂ©clarĂ© ni attaches, qui ne sâanime que la nuit venue.Â
Entre ces deux ĂȘtres que tout sĂ©pare, il y a « L.ex.Ï.Re », un fil invisible qui ne cesse de raccourcir.
PlacĂ©e au centre dâun dispositif scĂ©nique bi-frontal immersif, « lâaffaire L.ex.Ï.Re », questionne la notion de point de vue en mettant en scĂšne deux personnages qui vivent des Ă©vĂšnements diamĂ©tralement opposĂ©s, dans des temporalitĂ©s et des lieux diffĂ©rents, en ayant pourtant la mĂȘme bande sonore.
DisposĂ©s de part et dâautre dâune scĂšne surplombĂ©e dâun Ă©cran, les spectateurs suivront dâun cĂŽtĂ©, la journĂ©e de Natacha Wouters dans un théùtre Ă lâitalienne oĂč elle sâapprĂȘte Ă jouer PhĂšdre, une journĂ©e quâun pĂ©ril imminent semble vouloir menacer, et de lâautre, les pĂ©rĂ©grinations nocturnes, sâĂ©talant sur plusieurs jours, de Max, homme laconique et mystĂ©rieux, passant comme une ombre des terrains vagues aux beaux quartiers.
La performance live – lâinterprĂ©tation, les bruitages, la musique – qui donnera vie aux images projetĂ©es, sera la mĂȘme pour les deux histoires : une seule et mĂȘme partition pour deux destins, pour un polar haletant et dĂ©calĂ© : Ă la vie, Ă la mort !Â
Générique
Texte, réalisation, mise en scÚne : Métilde Weyergans et Samuel Hercule
Musique originale : Timothée Jolly et Mathieu Ogier
Avec sur scÚne : Métilde Weyergans, Samuel Hercule, Timothée Jolly, Mathieu Ogier
Et, Ă lâĂ©cran : MĂ©tilde Weyergans, Samuel Hercule, Stephen Butel, AndrĂ©as Chartier, Brenda Clark, Pasquale DâInca, Lucie Garçon, Michel Le Gouis, StĂ©phane Naigeon, Julien Picard, Jean-Philippe SalĂ©rio, Isabelle ThĂ©venoux, Philippe VincenotâŠ
Direction de la photographie : Noé Mercklé
PremiÚre assistante réalisation : Manon Marvor
Scripte :Â Amandine Derdoukh
Chef décorateur : Louis Euiyop-Jung
Costumes : Rémy Le Dudal
Montage : Julien Soudet
Supervision VFX :Â Roxane Fechner
Direction de production tournage : Lucas Tothe
CrĂ©ation sonore : Adrianâ Bourget
Création lumiÚre : Sébastien Dumas
Construction machinerie : Frédéric Soria
Assistante Ă la mise en scĂšne :Â Sarah Delaby-Rochette
Dramaturgie sonore : Raphaël Mouterde
RĂ©gie gĂ©nĂ©rale : Pierrick CorbazÂ
RĂ©gie son : Adrianâ Bourget, Eric Rousson
Régie lumiÚre : Sébastien Dumas, Arthur Chauvot
RĂ©gie plateau : Pierrick Corbaz, FrĂ©dĂ©ric SoriaÂ
Production, Administration : Anaïs Germain et Caroline Chavrier
Durée : environ 1h20
Tout public Ă partir de 12 ans
Production : La Cordonnerie
Coproductions : Malraux, sceÌne nationale ChambeÌry Savoie – Les 2 SceÌnes, sceÌne nationale de Besançon, – Théùtre Vidy-Lausanne dans le cadre du projet Interreg franco-suisse LACS / TheÌaÌtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, sceÌne nationale / Le Volcan, sceÌne nationale du Havre / maisondelaculture de Bourges/sceÌne nationale / Les Quinconces et LâEspal, sceÌne nationale du Mans / ComeÌdie de Clermont-Ferrand, sceÌne nationale
Avec l’aide de la SPEDIDAM
AGENDA 2025/26
Malraux, scÚne nationale Chambéry Savoie
4 au 8 novembre
LâOnde Théùtre Centre d’Art, VĂ©lizy-Villacoublay
4 et 5 décembre
Le Vellein, scĂšnes de la CAPI
11 et 12 décembre
La Passerelle, scĂšne nationale de Gap
7 et 8 janvier
Théùtre de la Ville, Paris
29 janvier au 7 février
La Coursive, scĂšne nationale de La Rochelle
24 et 25 février
La Comédie de Clermont-Ferrand, scÚne nationale
10 au 13 mars
La Criée, Théùtre national de Marseille
18 au 21 mars
Le Volcan, scĂšne nationale du Havre
1er au 3 avril
Théùtre National Populaire, Villeurbanne
22 au 29 avril
Musique « 4,7% de liberté »
Les Trois Coups (07/2023)
Deux coups de cĆur pour finir la saison Ă Lyon
Entre une fin de saison trĂšs dense et lâouverture des festivals, impossible de rĂ©sister au plaisir de partager ces dĂ©couvertes : « Les MessagĂšres » de Sophocle jouĂ©es par neuf jeunes Afghanes dirigĂ©es par Jean Bellorini et « 4,7% de liberté » de Samuel Hercule et MĂ©tilde Weyergans, parrain et marraine de la 82° promotion de lâEnsatt.
Ces deux spectacles nâont en rĂ©alitĂ© rien de commun, si ce nâest de prouver une grande maĂźtrise de la scĂšne, de dĂ©gager une vraie puissance Ă©motionnelle et de recueillir un accueil enthousiaste du public. Tout cela nâarrive pas par hasard, mais par la conviction et la confiance de metteurs en scĂšne gĂ©nĂ©reux qui se sont engagĂ©s auprĂšs de trĂšs jeunes gens, certes expĂ©rimentĂ©s, mais encore inconnus. Ces derniers les ont menĂ©s en pleine lumiĂšre sur la grande scĂšne du TNP, pour les unes, sur le lancement dâune tournĂ©e que beaucoup de leurs aĂźnĂ©s envieraient, pour les autres.
Revenons sur les circonstances du choix de ces jeunes Afghanes : 2021, retour des Talibans au pouvoir. Le metteur en scĂšne afghan Naim Karimi, qui fait travailler lâAfghan Girls Theater Group, lance un appel au secours auquel rĂ©pondent conjointement Joris Mathieu, directeur du TNG, et Jean Bellorini, directeur du TNP de Villeurbanne. Deux ans aprĂšs, ces jeunes exilĂ©es ont appris le français et ont choisi de travailler avec Jean Bellorini sur une Ćuvre universelle qui rĂ©sonne fortement pour elles, Antigone de Sophocle. Câest peu dire quâensemble ils ont transformĂ© lâessai.
Quant au destin de 4,7% de libertĂ©, il constitue une grande premiĂšre. Certes lâEnsatt joue rituellement son rĂŽle de rampe de lancement de ses Ă©tudiants, mais cette tournĂ©e impressionnante est Ă mettre au crĂ©dit de Samuel Hercule et MĂ©tilde Weyergans, qui ont ĆuvrĂ© bien au-delĂ de leur rĂŽle de parrain et marraine pour propulser leurs filleuls sur les plateaux de France.
ChĆur dâAntigone
Si Jean Bellorini a fait le choix du dari pour les MessagĂšres, il a confiĂ© Ă Mina Rahnamaei et Florence Guinard (la discrĂšte co-directrice du TNP) la version française des surtitrages. Moderne, ramassĂ©e, Ă©vitant dâencombrer le regard par des cartons inutiles, cette traduction limpide et efficace est un vĂ©ritable atout.
On retrouve aussi dans ce spectacle la « pĂąte » de Bellorini, sa science des images jamais illustratives, toujours chargĂ©es de sens malgrĂ© la recherche de la perfection esthĂ©tique. Ainsi le dĂ©cor est-il rĂ©duit Ă un grand bassin rectangulaire empli dâeau qui miroite et occupe une grande partie du plateau : au grĂ© du spectacle, il sera terrain de jeu pour ces presquâenfants qui sâĂ©battent en pleine libertĂ©, lâeau imprĂ©gnant leurs longues robes, rĂ©vĂ©lant leur jeunesse et leur sensualitĂ©, puis mare de sang. Surplombant ce bassin, une lune immense se mĂ©tamorphose, tout Ă tour astre mort et joyau de pierres prĂ©cieuses. La musique de SĂ©bastien TrouvĂ© tisse habilement rĂ©sonnances persanes et occidentales.
Enfin ce chĆur de femmes est subtilement chorĂ©graphiĂ©, comme si leur avenir et leur prĂ©sent se conjuguaient au pluriel. Il est de ce fait un peu difficile dâen extraire une pour en dire toutes ses qualitĂ©s de comĂ©dienne. CrĂ©on nâest pas sans Ă©voquer les talibans, leur cruautĂ© et leur ivresse de pouvoir. Cet ensemble donne une tonalitĂ© et une puissance actualisĂ©es Ă ce mythe vieux de plus de 2 000 ans.
Blanquette se rit du loup mais se méfie des adultes
Les fans de La Cordonnerie savent quâau dĂ©part de leurs spectacles, il y a toujours un conte, une fable, parfois un drame shakespearien ou un grand roman espagnol. Cette fois-ci, câest La ChĂšvre de monsieur Seguin dâAlphonse Daudet. Bien entendu, il sâagit pour Samuel Hercule et MĂ©tilde Weyergans, non de raconter, mais de se distancier, de se dĂ©coller de lâobjet originel pour mieux rĂ©flĂ©chir sur sa morale et en tirer une bien diffĂ©rente.
Ici Blanquette est une adolescente difficile, Ă laquelle les services sociaux doivent sans cesse chercher des familles dâaccueil quâelle sâempresse de fuir. Ă y regarder de plus prĂšs, elle nâest pas si difficile que ça, juste affamĂ©e de libertĂ©, jalouse de ses secrets et trĂšs dĂ©sireuse dâĂȘtre aimĂ©e pour ce quâelle est (mais cela, elle ne le sait pas). Les hasards de la vie vont la conduire chez Axel et Axelle, deux statisticiens, deux universitaires, mi professeur Tournesol, mi Gaston Lagaffe en jupe. Le double axel ils sâappellent ! Ces deux-lĂ ont choisi de devenir famille dâaccueil dâune ado mais lâattendent comme un nourrisson. Il y a maldonne. Le narrateur nous en prĂ©vient dĂšs le dĂ©part : ça va mal finir. Mais pas comme on croit ! Il y a toujours des surprises avec La Cordonnerie. Leurs tours de magie prennent Ă tous les coups.
Câest un spectacle savoureux, inventif, malin, tendre, intelligent qui se suit passionnĂ©ment grĂące Ă un narrateur qui nous guide et nous sĂšme en mĂȘme temps, avec des comĂ©diens aux petits oignons. Ă ne pas rĂ©server quâaux ados ! Cette belle digression sur comment lâamour vient aux parents et aux enfants, sur la dose de pudeur et de dĂ©licatesse nĂ©cessaire, parle Ă tous. Un vrai coup de cĆur !
Trina Mounier, 2 juillet 2023
tertre
tertre
Le double Axel18 % de la population est persuadĂ©e dâavoir vu un fantĂŽme.
43 % des pilotes de ligne admettent quâils sâendorment parfois pendant les vols.
Les couples se disputent en moyenne 312 fois par an (et le plus souvent le jeudi vers 20 h)
VoilĂ le genre de considĂ©rations qui occupent les journĂ©es dâAxel et Axelle, un couple fusionnel dâingĂ©nieurs statisticiens multi-diplĂŽmĂ©s, surnommĂ© « le double Axel » par leurs collĂšgues de la FacultĂ© des Sciences de Grenoble.
utrruue
14% des couples nâarrivent pas Ă avoir dâenfant.
AprĂšs avoir tout essayĂ© pendant plusieurs annĂ©es, ils ont finalement dĂ©cidĂ© de devenir famille dâaccueil. Ils ont suivi une formation et obtenu lâagrĂ©ment. Quand on leur a demandĂ© de choisir une tranche dâĂąge, câest la case « 13-17 ans » quâils ont cochĂ©e.
â Vous ĂȘtes sĂ»rs ? Leur demanda Madame Dermano, de lâaide sociale Ă lâenfance.
Câest ainsi quâun matin, Blanquette, une jeune fille de 15 ans, dĂ©barqua chez eux.
Et lĂ , câest le dĂ©but dâune autre histoireâŠ
Générique
Texte et mise en scÚne : Métilde Weyergans et Samuel Hercule
Musique originale : Timothée Jolly et Mathieu Ogier
Assistanat Ă la mise en scĂšne : Sarah Delaby-Rochette
Avec les Ă©lĂšves de la 82Ăšme promotion de lâENSATT :
Jeu : Lucie Garçon, Fanny Godel-Reche, Garance Malard, Lucas Martini, Séraphin Rousseau et en alternance Andréas Chartier et Matthieu Roulx.
Scénographie : Justine Baron, Léa Tilliet
Régie générale création : Mathis Arbez, Boris Ahiha
Création et régie son : François Geslin, Louen Poppé
Création et régie lumiÚre : Mathilda Bouttau, Arthur Chauvot
Régie de production costume : Thelma Dimarco-Bourgeon, Valentine Issanchou
Atelier costume : Célestin Car, InÚs Catela, Apolline Coulon, Louise Daubas, Emma Euvrard, AngÚle Glise, Aurore Guillemenot, Mathilde Hacker, Lola Le Cloirec, Loïc Nédélec, Lola Pacini, Morgane Pegon, Marie Stephan et Manon Surat
Construction : Frédéric Soria
Régie générale et plateau tournées : Pierrick Corbaz, Sébastien Dumas
Production, Administration : Anaïs Germain et Caroline Chavrier
Tout public Ă partir de 8 ans
Durée : environ 1h20
Production : La Cordonnerie/ LâENSATT
Coproduction : Le Volcan â scĂšne nationale du Havre, Le Théùtre de la Ville â Paris, Théùtre de Saint-Quentin-en-Yvelines â scĂšne nationale
AGENDA 2023/24
PremiÚres représentations du 24 juin au 5 juillet 2023 au Théùtre Laurent Terzieff / ENSATT, Lyon en partenariat avec les Nuits de FourviÚre
Théùtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, scÚne nationale
du 28 novembre au 2 décembre
Le ZEF, scĂšne nationale de Marseille
14 et 15 décembre
Le Volcan, scĂšne nationale du Havre
24 et 25 janvier
La Filature, scĂšne nationale de Mulhouse
du 8 au 10 février
Théùtre de la Ville / Les Abbesses, Paris
du 27 février au 2 mars
Le Quai, cdn Angers – Pays de la Loire
du 14 au 16 mars
ScÚnes et Cinés, Istres
4 et 5 avril
Nanterre-Amandiers / Maison de la musique, Nanterre
25 et 26 avril
Le Maillon, Théùtre de Strasbourg-scÚne européenne
du 15 au 17 mai
Le Monde (01/2023)
Ne pas finir comme RomĂ©o et Juliette au Monfort théùtre, Ă Paris : quand l’amour s’Ă©panouit par-delĂ le pont et les conventions
La compagnie La cordonnerie invente un spectacle d’une poĂ©sie folle, portĂ© par une mise en scĂšne inventive
Ils sâappellent Romy et Pierre. Lâune et lâautre vivent de chaque cĂŽtĂ© dâun pont que personne ne traverse jamais, en vertu dâune interdiction ou dâune impossibilitĂ© mystĂ©rieuses, jamais formulĂ©es par les autoritĂ©s. Ne pas finir comme RomĂ©o et Juliette, que lâon peut voir au Monfort Théùtre, Ă Paris, puis en tournĂ©e en France, raconte leur histoire. Et câest une petite merveille de spectacle, qui confirme le talent de la compagnie La Cordonnerie pour inventer un théùtrecinĂ©ma tout public de haut vol, et dâune poĂ©sie folle. Il Ă©tait une fois deux villes sĂ©parĂ©es par un pont, donc, il Ă©tait une fois Romy et Pierre, dont lâhistoire ne sâinspire que lointainement de la piĂšce de Shakespeare, mĂȘme si le grand Will traverse tout le spectacle comme une figure tutĂ©laire et bienveillante. Romy vit du cĂŽtĂ© oĂč les ĂȘtres sont devenus des invisibles, des crĂ©atures dont lâexistence-inexistence sâincarne dans des corps de pantins aux visages lisses et aux yeux doux.
Romy, qui est championne de ping-pong dans sa partie du monde, perd son pĂšre. Et, comme celui-ci avait rĂȘvĂ©, toute sa vie, de voir un jour la mer, elle transgresse lâinterdit : elle traverse le pont pour aller disperser ses cendres dans lâocĂ©an. Invisible aux yeux des humains qui vivent de ce cĂŽtĂ©-ci du monde, elle nâen rencontre pas moins Pierre, et tous deux tombent amoureux lâun de lâautre, pris par lâamour vrai, celui qui va au-delĂ du visible. Pierre est un vieux garçon doux et solitaire, journaliste-Ă©crivain Ă ses heures. Il vit avec son chat, prĂ©nommĂ© Othello, et son grand Ćuvre, câest un horoscope shakespearien Ă haute teneur poĂ©tique, quâil dĂ©livre chaque jour Ă la radio de la ville.
Sens du détail
MĂ©tilde Weyergans et Samuel Hercule, les animateurs de La Cordonnerie, sont Ă la fois metteurs en scĂšne, cinĂ©astes, auteurs, comĂ©diens et bricoleurs. Ils racontent lâhistoire Ă leur maniĂšre, qui dissocie les plans de narration entre le jeu sur le plateau, les images projetĂ©es sur lâĂ©cran, la musique, interprĂ©tĂ©e en direct, le bruitage, lâanimation dâobjets divers et la conception de crĂ©atures dâordre marionnettique. Et câest ce dispositif, superbement maĂźtrisĂ© tout en gardant un cĂŽtĂ© rĂ©solument artisanal, qui envoĂ»te et rĂ©jouit, ouvrant grand les portes de lâimaginaire.
Tout concourt ici Ă crĂ©er un climat, une atmosphĂšre oĂč lâon entre avec bonheur, quâil sâagisse des magnifiques images portuaires et maritimes, tournĂ©es au Havre, du choix raffinĂ© dâobjets vintage ou du sens du dĂ©tail en toutes choses : autant dâĂ©lĂ©ments qui viennent soutenir la capacitĂ© des deux crĂ©ateurs Ă donner vie Ă des personnages on ne peut plus attachants.
MĂ©tilde Weyergans et Samuel Hercule ont lâĂ©lĂ©gance de ne jamais tirer trop lourdement les fils de leur histoire. A chacun de laisser jouer les belles mĂ©taphores que file le spectacle, sur toutes les frontiĂšres â gĂ©ographiques, sociales, raciales, humaines, transhumaines⊠â que lâhomme peut se crĂ©er dans son besoin de toujours vouloir dominer un « autre » créé de toutes piĂšces. A chacun de mĂ©diter les rĂ©sistances Ă inventer, lâamour impossible qui peut toujours devenir possible, quand deux ĂȘtres se trouvent par-delĂ les assignations Ă©dictĂ©es par leur sociĂ©tĂ©. Quitte Ă choisir de devenir invisible, de passer sous les radars, pour Ă©chapper Ă lâordre en place, surtout quand il ne dit pas son nom.
Fabienne Darge / Le Monde / 25 janvier 2023
Podcast France culture
Par les temps qui courent : CinĂ©-roman de Samuel Hercule & MĂ©tilde Weyergans âBlanche Neige ou la chute du mur de Berlinâ en tournĂ©e…
Podcast Radio France
Auteurs dramatiques, metteurs en scÚne, comédiens, le tandem de la Compagnie La Cordonnerie, Samuel Hercule et Métilde Weyerganz revient à la scÚne avec « Dans la peau de Don Quichotte », et fait une relecture personnelle du mythe.

